Abrité par le Mont Agel et suspendu au-dessus de la Côte d’Azur, la Riviera de Maybourne est l’un de ces rares projets hôteliers où architecture, intérieurs, paysages et mobilier sur mesure s’orientent tous dans la même direction. Construit dans la falaise de Roquebrune-Cap-Martin, entre Menton et Monte-Carlo, l’hôtel est une présence blanche, minérale et graphique qui semble née de la roche plutôt que posée dessus.
Pour les décorateurs d’intérieur et les équipes d’hôtellerie, c’est un modèle vivant : 83 chambres, dont 16 suites, déplacées en terrasses sur la colline, entourées de terrasses et de jardins méditerranéens, couvrant plus de 9 461 m², chaque élément étant chorégraphié autour d’une vue sur la mer extraordinaire.
Depuis la Riviera de Maybourne, Monaco s’étend comme une petite ville en contrebas. L’hôtel donne directement sur Port Hercule et la courbe de Monte-Carlo, avec le port, les casinos et le circuit du Grand Prix bien visibles. Le jour, c’est un tableau bleu vif de mer et de tours ; la nuit, il se transforme en un champ lumineux scintillant qui tombe sur l’eau.


Avant de devenir la Maybourne Riviera, le site abritait l’hôtel Vista Palace, lui-même l’évolution d’un modeste salon de thé perché sur un affleurement au-dessus de la mer. Au fil du temps, le bâtiment est devenu une masse solide et quelque peu intransigeante de béton, prisée pour son panorama plutôt que pour son architecture.
Lorsque Maybourne Hotel Group a acquis la propriété, ils n’ont pas vu un hôtel usé à rebrander ; ils ont vu une scène au sommet d’une falaise. À part l’empreinte triangulaire d’origine, l’ancienne structure a été en grande partie démantelée. À sa place, Maybourne a poursuivi une idée bien plus ambitieuse : un hommage contemporain au modernisme de la Riviera qui pourrait se tenir en confiance aux côtés de Claridge’s, The Connaught et The Berkeley dans le portefeuille du groupe.
L’hôtelier Paddy McKillen a joué un rôle clé dans la réalisation de cette vision — étroitement impliqué dans les équipes de conception et de projet, défendant les décisions architecturales audacieuses et poussant à un niveau d’artisanat, d’art et de détails qui donnerait à l’hôtel un aspect véritablement nouveau plutôt qu’une simple rénovation. Le résultat se lit clairement comme un projet de passion : une approche très personnelle, moderniste et artistique de la Riviera.



L’architecte français Jean-Michel Wilmotte a été chargé de réinventer l’hôtel de toutes pièces. Le résultat est une composition saisissante de plans horizontaux, de surplombs profonds et de verre pur — un hôtel blanc, minéral et graphique en symbiose avec la falaise. L’architecture est organisée en trois entités entrelacées — Vista Aéro, les Cristaux et la Corniche — qui s’entrelacent pour former une figure unique et cohérente dans le paysage.
Le bâtiment principal se trouve sur le site de l’ancien bloc triangulaire, mais la colline a été entièrement recomposée. Une série de terrasses descendent la pente, rappelant les restanques traditionnels de la région. En dessous, sept « cristaux » facettés — suites partiellement sculptées dans la roche — sont ancrés directement dans la paroi de la falaise, reliées à la Corniche en contrebas par un chemin panoramique.
De loin, l’hôtel ressemble presque à la proue d’un navire creusé dans la colline. De près, la superposition des niveaux devient nette : plateformes, jardins, bassins et balcons glissant les uns sur les autres, chaque ligne calibrée silencieusement pour garder la mer en vue. Pour les designers travaillant avec des topographies difficiles, c’est une leçon magistrale d’utilisation de la structure et de la circulation pour transformer un site complexe en un voyage lisible et exaltant.







Les jardins de Jean Mus donnent au projet sa douceur et son âme. Travaillant avec un promontoire méditerranéen exceptionnel, il entreprit de renouveler le nouveau bâtiment dans son cadre plutôt que de simplement l’entourer de plantations. Un bosquet de cyprès ponctue désormais l’approche et donne à l’hôtel une silhouette distinctement riviera, tandis qu’une canopée stratifiée de pins d’Alep, de chênes verts et de lièges rétablit la structure native de la colline et projette une ombre tachetée sur les sentiers et terrasses. Des arbres fruitiers — agrumes, oliviers, fraisiers, grenadiers et caroubières — sont tissés dans les champs en terrasses restaurés, rappelant le passé agricole du site.
Dans ces terrasses, Mus a créé une série de moments plus calmes : un potager dédié aux herbes et légumes hérités, et une aire de jeux pour enfants discrètement nichée dans la verdure afin que les familles puissent habiter le paysage aussi naturellement que les intérieurs. Pour les invités, le résultat se ressent comme une chaîne de pauses parfumées et ombragées et de longues vues encadrées.

À l’intérieur, la Riviera de Maybourne est le produit d’une stratégie de design délibérément plurielle. L’équipe interne de Maybourne, dirigée par Michelle Wu, a tracé la direction générale : un modernisme Riviera lumineux, axé sur l’art, avec un fort sens de l’artisanat. Autour de cela, une constellation d’ateliers a été invitée à contribuer, chacun prenant la responsabilité de zones distinctes tout en travaillant dans un cahier des charges cohérent.
Le studio Bryan O’Sullivan a façonné de nombreux espaces publics et restaurants, y compris le restaurant Riviera. Leurs intérieurs sont intemporels mais contemporains, avec un mobilier sur mesure, des formes sculpturales et un savoir-faire exquis. Rigby & Rigby a conçu des suites dans l’aile Aero et plusieurs pièces panoramiques, associant des menuiseries épurées et des finitions pâles à ces immenses fenêtres cinématographiques.
André Fu Studio, basé à Hong Kong, a conçu le parquet bien-être et le spa, s’inspirant des tons changeants de la mer et du ciel. Des suites et espaces supplémentaires ont été développés avec d’autres collaborateurs, dont Pierre Yovanovitch, dont nous avons réalisé les designs. Dans les coulisses, Rainey & Best assurait la gestion des quantités et la gestion de projets FF&E, dirigeant la rénovation importante et coordonnant les ensembles FF&E complexes pour les chambres, les espaces publics et les multiples terrasses de piscine.




En parcourant la riviera de Maybourne, plusieurs thèmes intérieurs deviennent rapidement évidents. La couleur est utilisée avec précision. Une palette de base de pierre, de sable et de bois blanchi par le soleil assure une continuité calme. À cela, des tons plus riches sont abaissés là où ils comptent : bleus cobalt dans les chaises à manger, rouille et mandarine au bord de la piscine, coraux doux dans les textiles qui captent la dernière lumière du jour.
La forme est soigneusement adoucie. L’architecture peut être très géométrique, mais les intérieurs penchent vers la courbe et la tactilité. Les banquettes débordent les coins, les bords des tables sont adoucis, et les fauteuils invitent à vous y installer plutôt qu’à simplement vous percher. Cette douceur résidentielle est essentielle dans un hôtel de luxe de cette taille ; elle transforme un bâtiment potentiellement intimidant en un lieu véritablement habitable.
Les matériaux sont superposés, pas empilés. Les travertins et calcaires côtoient la laque, le bois pâle et de teinte moyenne, le plâtre texturé et les textiles finement tissés. De nombreuses surfaces semblent conçues autant pour la main que pour l’œil : les poignées de porte, les balustrades et les bords de table sont réglés avec le même soin que les grands escaliers ou les fenêtres à double hauteur.
L’art et la sculpture sont traités comme des éléments structurels du design plutôt que comme des pensées à la dernière minute. Des œuvres sélectionnées et des pièces in situ ancrent les couloirs, les halls d’ascenseur et les salons, créant des moments de pause et de reconnaissance dans le flux de la circulation.
La Maybourne Riviera est généreuse en drame spatial. Chaque suite est orientée pour encadrer la mer ; beaucoup ont des vitrages d’angle qui transforment la côte en un panorama enveloppant. La terrasse principale de la piscine à infini est la scène sociale de l’hôtel. La piscine semble effleurer le bord de la falaise, sa géométrie alignée avec la baie en contrebas.
Aux niveaux inférieurs, l’hôtel descend jusqu’à l’eau avec Maybourne La Plage, une expérience balnéaire dans un langage plus pieds nus, sable et sel.
En été, Maybourne La Plage s’anime avec l’arrivée de La Môme, le groupe de restaurants né à Cannes fondé par les frères jumeaux Ugo et Antoine Lecorché. À partir de leur adresse d’origine juste à côté de La Croisette, La Môme s’est forgé une réputation pour sa cuisine méditerranéenne glamour et énergique qui inspire la Riviera d’or — assiettes baignées de soleil, rosé frais et musique nocturne. Leur avant-poste ici s’installe dans la crique naturelle sous l’hôtel : parasols rayés, lits de journée et une salle à manger en plein air basse où le son du DJ se mêle à la mer.
Surrenne, la destination bien-être imaginée avec André Fu, transforme un étage complet en une série d’espaces calmes et immersifs alliant rituels spa à des programmes de bien-être avancés.






Sur les terrasses supérieures, La Piscine est l’endroit où tout se rejoint le plus visiblement : architecture, jardins, piscine et mobilier travaillant en concert. Le restaurant et bar en plein air se trouvent à côté de la piscine principale à débordement, son sol en pierre s’étendant sans effort dans le cadre de la piscine et la falaise s’élevant presque verticalement d’un côté.
Le cahier des charges ici est détendu mais exigeant. Les invités glissent entre les fauteuils longs, les tables à manger et les sièges de bar en maillots de bain ; le personnel a besoin de routes de service dégagées ; la vue doit rester intacte. Chaque profil, chaque hauteur et chaque espace comptent. Un mobilier bas permet de garder la vue ouverte, les parasols sont placés pour ponctuer plutôt que pour encombrer, et le rythme des pièces le long du bord de l’eau crée une ligne graphique marquée vue d’en haut.
Pour les décorateurs d’intérieur, la terrasse est une pièce en plein air où chaque décision est exposée : hauteurs, silhouettes, l’espacement entre les pièces, la façon dont les ombres tombent pendant la journée. Rien ne peut se cacher.


Notre atelier a été invité à créer du mobilier sur mesure pour La Piscine et les espaces adjacents au bord de la piscine, contribuant ainsi à la chorégraphie plus large des espaces extérieurs de la Riviera de Maybourne. L’ambition était de développer une famille de pièces qui semblaient indissociables de l’architecture et des jardins, suffisamment robustes pour un usage hôtelier exigeant mais suffisamment raffinées pour s’intégrer confortablement dans ce cadre intensément photographié.
Nous avons ancré la collection autour d’Iroko, un bois dur dense doté d’une excellente stabilité dimensionnelle et d’une résistance naturelle à l’humidité. Sa teinte chaude et dorée s’accorde magnifiquement avec le pavage pâle et le bleu frais de la piscine, et elle s’intègre élégamment sous la lumière méditerranéenne.
En travaillant étroitement avec les équipes hôtelières et de design, nous avons développé une suite d’éléments extérieurs en bois qui traverse La Piscine et au-delà : pièces de restauration, chaises et éléments de service pour la terrasse du restaurant, ainsi que des postes de serveur discrets et des menuiseries de soutien. Le langage est volontairement discret. Les sections sont fines mais solides ; les bords et les coins sont adoucis pour faire écho aux gestes courbes des intérieurs et pour être bienveillants envers la peau nue ; les détails à lattes permettent à l’air et à l’eau de circuler librement, gardant les silhouettes visuellement légères.





Le mobilier de piscine sur les falaises travaille plus dur que presque tous les autres éléments d’un projet d’hôtellerie de luxe. Il est exposé au plein soleil, aux éclaboussures chlorées, à l’air marin et à un mouvement constant. Nos détails reflètent cette réalité.
La menuiserie est conçue pour une stabilité à long terme : joints traditionnels robustes et fixations mécaniques dissimulées lorsque cela est approprié, renforts conçus pour résister à des repositionnements répétés, et une attention particulière à la façon dont les pièces rejoignent le sol afin d’éviter les pièges à humidité. Les composants sont proportionnés pour que le personnel de l’hôtel puisse les manipuler facilement, tout en restant solides et efficaces pour les clients.
Les points de contact reçoivent un soin particulier. Les accoudoirs, les avants de siège et les bords de table sont détachés et arrondis pour plus de confort. Tout matériel devant rester visible est gardé aussi discret que possible, permettant au grain et à la géométrie de l’Iroko de prendre le dessus. Avec le temps, le bois développera une patine douce, le rattachant encore plus étroitement à la pierre, aux terrasses et aux troncs de pin environnants.






La Riviera de Maybourne offre plusieurs leçons claires à ceux qui travaillent sur des projets hôteliers. Elle montre jusqu’où l’on peut aller lorsque l’architecture, le paysage et les intérieurs sont tous ancrés dans une seule idée — en l’occurrence, le drame de la falaise et la vue infinie sur la mer. Chaque décision, de l’orientation des suites à la hauteur d’un fauteuil au bord de la piscine, renforce cette relation.
Cela démontre que plusieurs studios de design peuvent collaborer avec succès lorsqu’ils sont guidés par une forte vision interne. De ses origines en tant que Vista Palace à sa renaissance en tant que Maybourne Riviera, cette propriété en bord de falaise est devenue une référence du design hôtelier contemporain sur la Côte d’Azur.
Pour les décorateurs d’intérieur et les équipes hôtelières souhaitant créer leurs propres projets de destination, la Maybourne Riviera prouve que lorsque chaque couche — bâtiment, paysage, intérieurs et mobilier — est traitée comme faisant partie d’un seul étage, le résultat peut sembler presque inévitable. Notre contribution à Iroko, le long de la piscine et des terrasses, n’est qu’un fil conducteur de cette tapisserie, mais c’est un fil dont nous sommes fiers d’avoir tissé dans ce projet d’hospitalité extraordinaire.


